Association "loi 1901" indépendante créée en 1989 ayant pour but la défense de l'environnement
et du cadre de vie en Bourgogne, agréée au titre de la protection de l'environnement et du code de l'urbanisme

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Bois-énergie et dynamisation de la sylviculture:
un danger pour la forêt morvandelle?

Parmi les recommandations du Grenelle de l’Environnement il est proposé d’atteindre 20% d’énergies renouvelables en 2020. Forts de ces conclusions le Ministère de l’Agriculture et l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Énergie) préconisent de développer la production de bois à des fins énergétiques et un Comité Interprofessionnel du Bois-Énergie a été créé pour valoriser cette filière. Les conséquences en sont inéluctables: raccourcissement des rotations sylvicoles, sélection d’essences à croissance rapide et exploitation totale des houppiers. Comme d’autres énergies renouvelables telles que les bio-carburants, les effets pervers à long terme l’emportent sur les avantages immédiats à court terme.

Il est nécessaire de rappeler que l’acidification des sols, un des principaux risques environnementaux à l’échelle de la planète, n’est pas seulement due à la pollution atmosphérique (d’origine industrielle ou agricole) mais en bonne partie aussi à la... croissance des arbres!! Le mécanisme est connu (il s’agit d’un déséquilibre ionique au niveau de l’alimentation racinaire) mais il est inéluctable et ne peut être compensé que par la cessation totale des récoltes, ce qui est bien entendu incompatible avec l’exploitation forestière. Ce phénomène est cependant contrebalancé par la décomposition de la litière et par l’altération minérale, c’est-à-dire la libération d’éléments nutritifs (potasse, phosphore, calcium, soufre, fer, manganèse, etc...) par la roche, par les apports atmosphériques et le colluvionnement, qui contribuent à enrichir les sols. Lorsque la croissance des arbres est lente, décomposition et altération compensent dans une certaine mesure l’appauvrissement des sols qui résulte de la croissance des arbres et ralentissent donc le phénomène d’acidification si la forêt est exploitée de façon raisonnable, c’est-à-dire sans excès. Toute accélération de la croissance et de l’exportation du bois (les deux vont de pair) va donc créer un déséquilibre, sauf sur les très bons sols (a priori plus propices à l’agriculture qu’à la sylviculture) et générer de l’acidité qui ne pourra plus être compensée. Les sols vont donc se dégrader et devenir de moins en moins productifs. Le phénomène qui a vu le jour dans les sols agricoles depuis la mécanisation de l’agriculture et le recours systématique aux intrants (pesticides et fertilisants), va apparaître à son tour dans nos forêts: pour maintenir la production au niveau du marché, il va falloir recourir à la fertilisation et donc épandre des engrais ou des amendements calciques sur des surfaces énormes. C’est actuellement le cas dans la forêt landaise et il est probable que cette pratique va se généraliser sur la totalité de la surface forestière de la France. Cette course sans fin (courir pour ne pas tomber) est ce qui nous pend au nez si des précautions ne sont pas prises dès maintenant pour parer à ce danger:

• Interdire la production de bois-énergie et le raccourcissement des rotations sur les sols les plus pauvres
• Favoriser des essences tolérant l’acidité et dont la litière se décompose facilement, comme par exemple le chataîgnier, d’utilisation traditionnelle dans le Morvan
• Interdire l’introduction d’essences exotiques à croissance rapide (par exemple l’eucalyptus), auxquelles les sols et leurs habitants (les organismes décomposeurs: bactéries, champignons, vers de terre...) sont inadaptés: le cas du Portugal est exemplaire!!

Le Morvan, qui est une des principales régions productrices de bois en France, ne va pas être épargné par les incitations qui ne vont pas manquer de se faire jour auprès de propriétaires forestiers privés, avides de voir la forêt rapporter (à nouveau) de l’argent, et cette fois-ci sur le très court terme. La menace est donc également financière et il est bien dommage que la vision protectionniste de l’environnement (coûteuse sur le court terme mais rentable sur le long terme: les générations futures de Rio!) ait été remplacée par une vision utilitariste, qui va être catastrophique pour les mêmes générations futures.

JF PONGE Professeur émérite du Muséum National d’Histoire Naturelle, Membre du Conseil Scientifique du GFSFM
[http://www.mabiodiv.cnrs.fr/RubriquesEnFrancais/FichiersIndividuelles/Ponge.html]

Paru dans Vents du Morvan N°37.

 

Paroles, paroles , paroles et demain ?

Alors qu’une avancée était perceptible pour allier les intérêts économiques des propriétaires et les souhaits de la société civile pour une forêt étagée et mélangée,  patrata !!!! Mr Sarkozy  pour sortir la filière  bois de la crise annonce que le bois est l’économie nouvelle dénonçant le déficit commercial alors dit-il  que le massif forestier français à augmenté de moitié depuis 1950. Si les surfaces forestières augmentent la qualité des arbres s’amenuise d’année en année. Avant de clamer que la ressource est abondante, il faudrait tenir compte des zones inexploitables, et de l’accroissement naturel qui à été dopé par les plantations de douglas depuis les années 60 et 70 et qui nécessitent une phase de capitalisation. La sylviculture appliquée majoritairement, en futaie régulière implique une approche par classes d’âges et par essence. Peut-on exploiter plus en Morvan ? Sans une expertise fine par massif afin de déterminer ce qui est mobilisable et les moyens disponibles pour le faire, il est à craindre que les forêts du Morvan ne soient encore plus sacrifiées aux coupes à blanc et plantées avec une seule essence le douglas. L’on connaît  les conséquences écologiques et économiques des plantations répétées d’essences à courtes révolutions qui alimentent déjà les filières d’approvisionnement des papetiers et des panneautiers. Sans avoir mis de mesures pour réguler la demande   on parle  déjà d’une filière à partir de biomasse bois. Les usines qui s’installent au plus près de la ressource  morvandelle ne seront-elles pas rapidement dans l’obligation d’en importer après avoir vider le Morvan de son patrimoine naturel qu’est la forêt ?  La  question du bois énergie nous ramène à l’incitation de l’Etat  à transformer les taillis sous futaie  en plantations de monoculture de résineux qui nécessite un autre regard sur la gestion dite durable.  Hélas sous la pression des investisseurs qui ne raisonnent que profit immédiat l’Etat continue de parler filière bois, exploitation sans discernement, plantations d’une seule essence d’arbres coupés tous en même temps et de mettre à mal la forêt qui doit coûte que coûte  s’adapter à la demande de l’industrie.  Le temps est venu pourtant de gérer à nouveau avec des méthodes proches de la nature, avec du mélange d’essences, en utilisant la régénération naturelle (eau, biodiversité, changement climatique, préservation des sols, bien être des citoyens). Cette sylviculture garante d’une résistance aux aléas climatiques est démontrée performante économiquement et  apte à répondre à tous les besoins de la société. Il est vraiment navrant que l’on ne voit en la forêt qu’un puit de profit à court terme, en faisant l’impasse sur les apports inestimables et non chiffrés de la forêt. Biodiversité, gestion durable, paysages, intérêt général …. Paroles, paroles , paroles et demain ?  Lucienne Haèse

 

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Le Morvan est la cible d'un plan bois

Cette forêt du GFSFM a été exploitée en 2004
cliquez sur la photo pour agrandir

L’élimination programmée des forêts feuillues du Morvan, causée par des atteintes imposées depuis un demi siècle à ses paysages forestiers par des investisseurs sans visage, mais non sans moyens, provoque l’indignation de l’habitant et du passant.

Nous ne pouvons que constater que la politique forestière qui prône dans la loi la gestion durable de la forêt,  n’a pas permis de maintenir l’harmonie entre l’homme et la forêt qui a prévalu en France jusqu’au milieu du 20ème siècle. Malgré les grandes déclarations après la tempête, malgré les effets assez dramatiques de la canicule sur les arbres, malgré l’évidence que la gestion  intensive a montré ses limites, rien ne semble arrêter cette évolution dramatique vers une forêt artificialisée à outrance, dégradée en permanence par l’emploi de machines qui détruisent tout sur leur passage, avec une perte de  diversité qui sera irréparable, avec des sols qui s’appauvrissent mettant en péril la production de bois d’oeuvre  dans les décennies à venir .

Déjà sacrifié pour alimenter Paris en bois de chauffage,  le Morvan est à nouveau la cible d’un plan bois énergie pour la Bourgogne. La situation est très préoccupante car  sans une véritable stratégie   pour une mobilisation  tenant compte des disponibilités,  en amont des demandes d’approvisionnement des installations qui se multiplient, la forêt deviendra rapidement une usine à bois en plein coeur d’un Parc Naturel  Régional. Et pourtant gérer une forêt et en retirer une plus-value sans recourir à une exploitation intensive  par coupes à blanc et plantations artificielles c’est possible,  comme le démontre le Groupement Forestier pour la Sauvegarde des Feuillus du Morvan propriétaire de 8 forêts grâce à des souscriptions d’amoureux de forêts  mélangées et étagées.

.        Non le douglas n’est pas l’arbre roi du Morvan , cette essence a été  importée  vers la fin du 19 eme siècle et planté massivement à partir des  années  50 .

.        Non l’exploitation industrielle de la forêt n’est pas l’avenir économique

du Morvan ,  les communes rurales n’en tirent aucun profit, et les touristes désertent cette nature   encore belle  sans les plantations en rang d’oignons.

.        Non, la forêt ne doit pas être vidée de bois morts, de branchages après coupes, d’arbres vieillissants domaine de nombreux insectes,  les peuplements de résineux tous plantés et coupés en me^me temps sont une atteinte à la biodiversité.

 

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